Fin de l’incendie au Volcan

Jeudi 2 décembre 2010, dans Incendie Massif du volcan

Après 5 jours de lutte contre le feu, entre le 13 et le 18 novembre 2010, l’incendie a été maitrisé sur le massif du volcan. Au total, ce sont près de 115 hectares qui ont été touchés.

Le 13 novembre 2010, plusieurs départs de feu se sont déclarés à Bourg-Murat, à Piton Barbaroux (sur des terrains privés), Trou Blanc (proche nez de boeuf, en départemento-domanial hors coeur du Parc) et Piton de Caille (proche du Piton Textor, en coeur de Parc). L’incendie a ravagé le massif du Volcan pendant 5 jours.

Un diagnostic précis des dégâts causés par le feu sur le site "Piton Caille - Textor" a été réalisé par le conseiller écologique du secteur, Jean-Marie Pausé, avec la collaboration du Conservatoire botanique national Mascarin (CBNM).

Le paysage naturel touché par l’incendie est composé de végétations altimontaines (landes à Erica, fourré de Sophora et Acacia...) épousant localement un relief de planèze (planèze du Textor) et de pentes fortes (pente Zézé) au nombreux Pitons (Textor, Caille, dans l’Bout).

La route forestière du volcan, du Piton de l’Eau et le GR R2 offrent désormais aux usagers un spectacle de désolation constitué d’une étendue de végétaux calcinés, dont la couleur noire contraste fortement avec les teintes jaunes et vert-argentées de la végétation encore présente.

Quatre types d’habitats différents ont été incendiés sur ce site :

1 - Des fruticées altimontaines à Sophora denudata et Acacia heterophylla (surface incendiée : 13,7 ha). Cette végétation qui se raréfie - il resterait moins de 220 ha occupés par les fourrés dominés par Sophora denudata (Strasberg et al, 2005) - constitue incontestablement la perte la plus importante au niveau patrimoniale à l’échelle des habitats. Elle est fortement menacée par les espèces invasives (Anthoxanthum odoratum, Ulex europaeus, Solanum mauritianum...).

-2 - La lande altimontaine pionnière à Erica reunionensis, Stoebe passerinoides, Phylica nitida piquetée de Sophora denudata (surface incendiée : 65,3 ha).

3 - De l’Avoune monodominant à Erica reunionensis (surface incendiée : 2,54 ha).

Ces deux types de végétation occupent encore des surfaces relativement importantes à l’échelle du Massif du Piton de La Fournaise, ce qui atténue quelque peu l’ampleur de leurs pertes.

Ces trois habitats sont dominées par des espèces endémiques de La Réunion et présentent une valeur patrimoniale forte.
4 - Des pelouses secondarisées à Anthoxanthum odoratum et Erica galioides (surface : 1,5 ha).

Les impacts sur la flore :

Les données des inventaires floristiques de l’Atlas altimontain du CBNM permettent un diagnostic précis de la flore impactée par l’incendie. Le CBNM à inventorié 110 taxons sur le site. La grande majorité de la flore incendiée sur le site correspond à des espèces indigènes et exotiques communes aux habitats de l’altimontain et qui s’observe ailleurs sur l’île.

10 espèces rares étaient recensées sur le site :
- Psiadia sericea (Espèce protégée - endémique Réunion)
- Mohria marginalis (Indigène)
- Eriotrix lycopodioides Espèce protégée - endémique Réunion)
- Pennisetum caffrum (Endémique Réunion)
- Geniostoma pedunculatum (Endémique Réunion-Maurice)
- Embelia demissa (Endémique Réunion)
- Psiadia aspera (Endémique Réunion)
- Laurembergia veronicifolia (Endémique Réunion)
- Panicum lycopodioides (Endémique Réunion)
- Calanthe candida (Endémique Réunion-Maurice)

Aucune espèce critiquement menacée (classée CR selon les critères IUCN) n’est observée. Seules deux espèces relativement rares à l’échelle de l’île, Psiadia sericea et la fougère Mohria marginalis, classées comme vulnérable (codée VU), ont été identifiées sur le site.

Après vérification sur le terrain, aucune espèce remarquable n’a été impactée par l’incendie.

Sur les zones les plus sensibles "Piton de Caille", Christian Fontaine, botaniste du CBNM et un conseiller écologue du Parc ont accompagné les équipes d’ouvriers de l’ONF lors des journées de lutte contre l’incendie, afin d’orienter le tracé des pare-feux et atténuer au mieux les impacts liés à l’ouverture des layons.

Grâce à cette collaboration sur le terrain, la quasi-totalité des espèces qui ont étés impactées (Branle vert, Branle blanc, Ambaville blanc, Tamarin des hauts...) sont communes et ne présentent pas d’enjeux de conservation majeurs. Les coupes réalisées à la tronçonneuses et aux sabres sur les individus sont nettes et devront permettre leur rebourgeonnement des espèces. Quelque individus de Petit tamarin des hauts (Sophora denudata) ont du être coupés mais leur nombre du fait des efforts d’évitements des équipes de terrain reste minime (< 20 ind.).

Les impacts sur la faune :

Ce sont sans nul doute les insectes - dont de nombreuses espèces à ces altitudes sont endémiques à La Réunion - qui ont été le plus touchés. En effet une part importante des insectes ont une capacité de déplacement très réduite (araignées, escargots, chenilles...) et sont systématiquement détruites lors d’incendies.

Pour la majorité des passereaux forestiers d’altitudes (Oiseau blanc, Oiseau vert, Oiseau la vierge, Tec-Tec...) novembre est la période de nidification. Plusieurs nids endommagés par le feu et abandonnés ont été trouvés sur le site, en lisière des zones incendiées. De même, les nids de Francolin et de cailles, présents sur le site ont pu être détruits par le feu.

Les jeunes oiseaux, voire quelques adultes ont pu être être également la proie des flammes.

Conclusion :

Cet incendie aura des incidences sur la composition des habitats indigènes. Leur naturalité pourrait probablement diminuer du fait de la recolonisation précoce par des espèces invasives (Flouve odorante, Pissenlit, Ajonc d’Europe...). Cela contribuerait à la perte des caractères originels des habitats indigènes de l’altimontain : la faune et la flore locales y seraient raréfiées.

La mise en œuvre d’actions de lutte contre les espèces invasives des habitats indigènes du site (réguler et limiter l’établissement des espèces invasives) sera certainement nécessaire afin de conserver au mieux le patrimoine naturel et paysager remarquable de ces lieux.