5 questions-réponses pour approfondir le sujet de l’élevage

Mercredi 16 mai 2012, dans L’élevage bovin

1 - En quoi la présence des bovins dans le fond de la Rivière de l’Est pose-t-elle problème ?

Le secteur du fond de la Rivière de l’Est abrite des milieux naturels rares, dont l’intérêt patrimonial est fort : fourrés à sophora, pelouses humides d’altitude avec de nombreuses espèces endémiques, dont plusieurs sont très rares, comme Eleocharis reunionis, redécouverte l’année dernière par le Conservatoire Botanique alors qu’elle était considérée comme disparue. C’est d’ailleurs pour ces raisons qu’ils ont été inclus dans le « cœur naturel » du Parc national et dans le Bien inscrit au Patrimoine mondial. Ces milieux fragiles, qui ont évolué depuis des milliers d’années en l’absence de grands herbivores, sont profondément perturbés par le pâturage et le piétinement des vaches. Elles transforment de manière irrémédiable les sous-bois, en provoquant ou facilitant la propagation de végétaux envahissants qui prennent la place des espèces indigènes présentes auparavant. Le pâturage des animaux empêche également la régénération (le renouvellement, notamment par germination, puis jeunes plants) des arbres, tels que les tamarins des hauts, bois de couleur ou les branles. A terme, ce sont ces milieux naturels qui sont menacés de disparition.

2 - Quelle réglementation s’applique sur le site du fond de la Rivière de l’Est ?

Le site est un espace naturel de protection forte au Schéma d’aménagement régional (SAR) validé en 1995 et cette vocation est confirmée dans le SAR approuvé en 2011.
Il est classé en Cœur « naturel » du Parc national. Les activités agricoles n’y sont envisageables qu’à des conditions bien précises, notamment si elles ne portent pas atteinte aux milieux naturels et aux espèces indigènes.

En outre, le site fait partie du bien inscrit sur la Liste du Patrimoine mondial, notamment au titre de sa biodiversité exceptionnelle. Cela n’apporte pas de réglementation supplémentaire mais nous donne collectivement une responsabilité de protection encore plus forte de cette biodiversité.

3 - Quelles solutions ont été étudiées et proposées à l’éleveur ?

Deux solutions transitoires ont été étudiées par le Parc national pour permettre un maintien partiel de l’activité pastorale sur site tout en ménageant au mieux la mosaïque de milieux naturels d’intérêt patrimonial majeur. En effet, bien que l’activité d’élevage ne doive normalement pas perdurer, ces solutions permettraient d’ores et déjà de mettre un terme à la situation actuelle générant des impacts sur l’ensemble du site.

- Une première solution, privilégiée par les naturalistes et scientifiques est un maintien du pâturage sur la partie du secteur où les habitats indigènes sont extrêmement dégradés, notamment par la présence de nombreuses espèces invasives. D’une surface d’environ 60 ha, ces terrains sont constitués majoritairement de prairies (façonnées par le pâturage au fil des décennies) et pour lesquels la restauration vers un milieu indigène intact serait relativement longue (supérieure à 10 ans) et difficile.

- Une seconde solution est le maintien du pâturage sur un espace de 150 ha. Celui-ci serait constitué par les 60 ha de la première solution, auxquels seraient ajoutés 90 ha supplémentaires intégrant quelques prairies transformées par l’activité de pâturage, ainsi que de nombreuses zones de pâturage et de passage des bovins en sous bois de Tamarinaie et de Sophoraie (dominée par le Petit tamarin des hauts). Les sous-bois de ces forêts pouvant être de « très » à « peu » dégradés (notamment présence d’espèces invasives).
D’après une première expertise des organismes techniques compétents, le maintien d’environ 30 vaches et leurs petits (soit près de 2/3 du troupeau présent actuellement) serait ainsi possible, sous réserve de quelques améliorations de la gestion du troupeau par l’éleveur. Il faut rappeler que l’éleveur possède également un troupeau au moins équivalent sur ses terrains de La Plaine des Cafres, et d’un bâtiment où il engraisse ensuite les jeunes bovins avant abattage.

Cette solution, qui nécessiterait d’être évaluée à l’issue des 10 ans de la première charte du Parc national, apparait au Conseil scientifique du Parc national comme la limite maximum de ce qui serait acceptable, au vu de l’enjeu et de la responsabilité de conservation du patrimoine naturel sur ce site, et ce uniquement dans la mesure où elle permettrait de mettre un terme à la situation actuelle générant des impacts sur l’ensemble du site.

4 - Qui décidera au final de l’avenir du fond de la Rivière de l’Est et de cet élevage ?

Lors du Conseil d’administration du 29 avril 2011, il a été donné mandat à la directrice de l’établissement d’autoriser ou non le maintien de l’activité sur tout ou partie du site, et le cas échéant des conditions de ce maintien, avec l’appui d’une commission ad hoc. Puis, si une autorisation est donnée, l’ONF pourra, ou non, accorder à l’éleveur le droit d’utiliser le terrain par l’intermédiaire d’une concession.

5 - Comment concilier la protection des milieux naturels et la préservation d’un élevage "patrimonial" ?

Il est clair que maintenir l’activité d’élevage sur le site conduit à perdre un patrimoine naturel unique et exceptionnel, inscrit au Patrimoine Mondial, par une destruction progressive de milieux naturels parmi les plus rares à l’échelle de l’île et uniques au niveau mondial. Le Parc national ne peut pas permettre cela.

Cependant, il a aussi un objectif de conservation et valorisation du patrimoine culturel des Hauts de La Réunion. L’histoire de l’élevage sur le massif du volcan fait partie de ce patrimoine, et le Parc national est bien sûr attaché à ce que cette histoire ne soit pas oubliée, que son évolution progressive puisse être expliquée, racontée, transmise aux hommes d’aujourd’hui et aux générations futures.

Cette conservation et cette valorisation sont notamment possibles en s’appuyant sur les vestiges matériels (camps, matériel utilisé, photos...), la mémoire vivante (récits des personnes ayant connu les différentes étapes de l’évolution de l’activité) et le savoir-faire (utilisation des chiens de troupeaux, utilisation de plantes pour le soin des animaux, etc.). Faire vivre ce patrimoine culturel et historique sans menacer le patrimoine naturel est l’objectif que se donne le Parc pour répondre pleinement à ses missions.