La Pandanaie de la Plaine des Palmistes

Mardi 12 avril 2011, dans Le Grand Est (Hauts de l’Est, Bébour, Bélouve, Salazie)

I. Répartition

Avec environ 700 espèces différentes, les Pimpins ne s’observent que dans quelques régions tropicales du monde. Ils constituent avec les genres "Saranga" et "Freycinetia" la famille des Pandanacées.

Le Pimpin des hauts est présent principalement sur les régions pluvieuses de l’île. L’espèce se développe entre 500 et 1700 m d’altitude au sein de deux étages de végétation. On observe ainsi :
- les Pandanaies à Pimpin des hauts de moyenne altitude (500 – 900 m d’alt.),
- les Pandanaies à Pimpin des hauts de montagne (900 – 1700 m d’alt.)
La Pandanaie à Pimpins des hauts de la Plaine des Palmistes appartient à l’étage de moyenne altitude.

A la Plaine des Palmistes, la combinaison des caractéristiques du sol (dalle basaltique affleurante, sol peu profond gorgé d’eau), de la topographie (pente douce) et du climat (précipitation élevée) est unique à l’échelle de l’île. Elle a donné lieu à un milieu particulier : La Pandanaie à Pimpin des hauts de la Plaine des Palmistes.

II. Les Pimpins de La Réunion

Pandanus montanus ou Pimpin des hauts :
Espèce endémique de La Réunion, elle s’observe sur les secteurs très arrosés de l’île entre 500 et 1700 m d’altitude. L’espèce se développe préférentiellement sur des sols peu profonds presque continuellement gorgés d’eau. Dans ces conditions de vie difficiles, le Pimpin des hauts, parfaitement adapté, va dominer le milieu et constituer un fourré humide de 4 à 6 m de haut. Cette Pandanaie occupe des surfaces importantes sur des pentes du massif de la Fournaise. Ce Pimpin doit son nom au fait qu’il soit la seule des 4 espèces à vivre dans le climat froid et humide des régions montagneuses des hauts de l’île.

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Milieu à Pimpin des hauts - ©Parc national de La Réunion - Photo Lucien Tron


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Fruit du Pimpin des hauts - ©Parc national de La Réunion - Photo Nicole Szymandera

Pandanus purpurascens ou Vacoua rouge :
Espèce endémique de La Réunion, elle affectionne les sous bois ombragés des forêts tropicales humides de basses altitudes. L’espèce, parfois abondante dans certaines forêts comme celles dominées par le bois de Perroquet (Cordemoya integrifolia, Euphorbiacées), ne constitue pas de Pandanaie. Elle doit son nom à la belle couleur rouge de ses « fruits ». Une fois mûr, tombé au sol, le fruit, comme ceux des autres espèces de Pimpin, est très apprécié des petits mammifères comme le tangue.

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Milieu à Vacoua rouge - ©Parc national de La Réunion - Photo Lucien Tron


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Fruit du Vacoua rouge - ©Parc national de La Réunion - Photo François Fock-Chow-Tho

Pandanus sylvestris ou Petit pimpin :
Espèce endémique de La Réunion, elle affectionne les sous bois clairs des forêts (et des fourrés) tropicales des régions semi-sèches de l’île. L’espèce est discrète dans son milieu et ne constitue pas de Pandanaie. C’est la plus petite des 4 espèces de l’île.

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Milieu à Petit pimpin - ©Parc national de La Réunion - Photo Stéphane Baret


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Fruit du Petit pimpin - ©Parc national de La Réunion - Photo Jean-François Bénard

Pandanus utilis ou Vacoua bord de mer :
Espèce littorale, elle s’observe sur les falaises et les trottoirs basaltiques de la côte sauvage ou elle constitue une Pandanaie d’arrière littoral. Plantée massivement sur la côte Est et Sud-Est de l’île, on
pensait l’espèce introduite sur l’île. De récents travaux sur la génétique laissent fortement penser que cette espèce, plantée dans de nombreuses régions du monde, est en fait originaire des Mascareignes. Seule espèce sur les 4 de l’île connue pour ses qualités alimentaires (on consomme le choux et le « fruit »). Elle est également très appréciée dans l’artisanat (on tresse les feuilles séchées).

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Milieu à Vacoua bord de mer - ©Parc national de La Réunion - Photo Stéphan Szymandera


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Fruit du Vacoua bord de mer - ©Parc national de La Réunion - Photo Stéphan Szymandera

III. Au cœur d’une mosaïque, des milieux remarquables

En parcourant la Pandanaie à Pimpin des hauts de la Plaine des Palmistes, on observe plein d’autres milieux naturels en contact : vaste tapis de fougères, petites forêts sur pitons, petites colonies d’herbes de marais... Chacun des milieux de cette mosaïque est différent et se compose d’une flore particulière. Ces milieux sont rares et remarquables comme la Machaerinaie à Osmonde royale. Attention il est inexact de considérer que l’espace naturel constitué par ces différents milieux correspond à la Pandanaie. La Pandanaie, c’est uniquement les fourrés dominés par le Pimpin des hauts.

IV. Tellement d’espèces, parfois rarissimes, sur si peu d’espace

La Pandanaie à Pimpin des hauts de la Plaine des Palmistes renferme un nombre étonnant de plantes. Près de 60% de toutes les orchidées de l’île peuvent y être observées. Plus de 80 espèces de fougères, d’arbres et d’arbustes composent le milieu. Une espèce sur cinq est endémique de La Réunion. Voilà qui convient parfaitement à de nombreux petits animaux : oiseaux, insectes, papillons mais aussi et surtout Lézard vert des hauts (Phelsuma borbonica subsp. borbonica, endémique de La Réunion) qui apprécie le nectar des fleurs de Pimpin.

De récentes découvertes montrent que les populations les importantes de certaines espèces très rares ne s’observent qu’ici à La Réunion comme celle de l’orchidée Bonniera corrugata.

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Cryptopus elatus, endémique Réunion - Maurice (protégée) - ©Parc national de La Réunion - Photo Jean-François Bénard
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Hibiscus boryanus, endémique Réunion -Maurice (protégé) - ©Parc national de La Réunion - Photo Jean-Cyrille Notter
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Terpsiphone bourbonnensis, endémique Réunion - ©Parc national de La Réunion - Photo Lucien Tron
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Cirtophora citricola, indigène - ©Parc national de La Réunion - Photo Lucien Tron
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Osmunda regalis subsp. regalis, indigène - ©Parc national de La Réunion - Photo Lucien Tron

V. Un patrimoine aujourd’hui fragile et menacé

La Pandanaie à Pimpin des hauts de la Plaine des Palmistes représente un patrimoine naturel exceptionnel. Cependant, comme la majorité des milieux naturels de l’île, ils sont fragiles et vulnérables.

Plus de 720 espèces introduites sur l’île par l’Homme se multiplient désormais naturellement dans nos milieux. Certaines (70 espèces environs) envahissent, perturbent et menacent nos milieux naturels. Appelées espèces invasives, elles sont la première cause de perte de biodiversité dans les îles. La Pandanaie à Pimpin des hauts de la Plaine des Palmistes est toute, à des degrés divers, envahie par le Goyavier, le Raisin marron, le Longose, le Grain de Noël...

La destruction et la fragmentation du milieu naturel sont la deuxième cause de perte de biodiversité dans les îles. A La Réunion, en un peu moins de 4 siècles de colonisation humaine, plus de 60 % de la surface de l’île couverte par les milieux naturels dont la Pandanaie à Pimpin des hauts de la Plaine des Palmistes ont été détruits ou transformés.

La destruction ou le prélèvement massif des espèces indigènes participent à l’érosion de notre patrimoine. « Mais où sont passé les majestueux Palmistes rouges [Acanthophoenix crinita, endémique de la Réunion] qui dominaient si fortement le paysage que l’on décida de nommer ce lieu la Plaine des Palmistes. »

Longtemps considéré comme une friche sans intérêt, on estime, aujourd’hui, qu’il ne reste plus qu’un tiers des surfaces originelles occupées par la Pandanaie à Pimpin des hauts de la Plaine des Palmistes.

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Photo aérienne de 1950 du bas de la Plaine des Palmistes
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Photo aérienne de 2003 du bas de la Plaine des Palmistes

Défriché, fragmenté, abandonné aux espèces invasives, les fourrés à Pimpin de la Plaine des Palmistes sont perturbés. Les Pandanaies qui occupent des surfaces de petites tailles sont très envahies. Les espèces indigènes qui les composent ont du mal à se renouveler. Les Pandanaies fermées maintenues sur des surfaces importantes sont moins impactées par les plantes invasives et présentent un état de conservation encore satisfaisant.

VI. Comment préserver

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Pandanaie à Pimpin des hauts de la Plaine des Palmistes - ©Parc national de La Réunion - Photo Lucien Tron

Face à la disparition progressive de la Pandanaie à Pimpin des hauts et des milieux en contact si caractéristiques de la Plaine des Palmistes, deux réactions complémentaires sont possibles :
la prise de conscience citoyenne, amenant à une sensibilité réelle pour cet espace et au réflexe de le protéger.
La prise de conscience publique, avec l’usage d’outils réglementaires de protection.

Depuis plus de 10 ans, les citoyens se sont largement manifestés. A la Plaine des Palmistes bien sûr, mais même au-delà : SREPEN, Conservatoire Botanique, naturalistes de toutes spécialités... Même le Conseil National de Protection de la Nature et des experts de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature.

Pourtant, les surfaces continuant de diminuer régulièrement, des outils réglementaires se sont logiquement mis en place : plan local d’urbanisme, politique d’acquisition foncière par le Département (ENS), et plus récemment intégration d’une partie de la Pandanaie dans le cœur naturel du Parc national de La Réunion. Aujourd’hui, devant la poursuite d’impacts préoccupants la conscience citoyenne deviendra-t-elle assez forte ou faudra-t-il une nouvelle protection réglementaire ?

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Angraecum bracteosum, endémique de La Réunion - ©Parc national de La Réunion - Photo Jean-François Bénard
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Phelsuma borbonica subsp. borbonica, endémique La Réunion - ©Parc national de La Réunion - Photo Lucien Tron

Riche, fragile et menacée, protégeons notre nature, elle a besoin de nous !

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Fleur de Pandanus montanus - ©Parc national de La Réunion - Photo Lucien Tron

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