Enjeux écologiques

Mercredi 8 avril 2015, dans LIFE+ Forêt Sèche

La Forêt sèche

La forêt semi-sèche de La Réunion est un écosystème unique au monde, gravement menacé d’extinction. Autrefois présente sur l’ensemble de la côté ouest de l’île, elle ne survit désormais que sur moins d’1% de sa surface d’origine, soit quelques centaines d’hectares répartis en une multitude d’îlots plus ou moins isolés et dépassant rarement un hectare. Ces reliques sont réparties dans les ravines de la frange littorale ainsi dans les cirques de Mafate et Cilaos. Les vestiges les mieux préservés se situent sur le massif de la Montagne et plus précisément sur la zone de la Grande Chaloupe.



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Répartition de la forêt semi-sèche


La caractéristique climatique principale de la forêt semi sèche est l’existence d’une période sèche de plusieurs mois. Les précipitations sont inférieures à 1800 mm/an et descendent parfois à moins de 500 mm/an. Les températures moyennes annuelles varient de 18° à 24°C.

L’île de La Réunion est un « hot spot » mondial de la biodiversité, grâce notamment à une incroyable richesse floristique et un taux d’endémisme très élevé (27%). Sur les 850 espèces indigènes recensées sur l’île, 230 espèces sont ainsi strictement endémiques de La Réunion. Certaines d’entre elles sont en grand danger d’extinction et font déjà l’objet d’une protection par arrêté ministériel.
Le cortège floristique des forêts semi-sèches de La Réunion comportent 24 espèces protégées.

D’autres espèces ne bénéficient pas d’un statut de protection mais sont tout autant menacées :
- le Latanier rouge (Latania lontaroides)
- la Mauve (Abutilon exstipulare)
- le Benjoin (Terminalia bentzoë)

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>> consulter la liste des espèces végétales ciblées par le projet LIFE+ Forêt sèche

Les associations faune / flore sont nombreuses au sein d’un habitat. En milieu semi-sec, elles impliquent des espèces végétales endémiques fragiles. La dégradation de ces dernières entraine l’inévitable disparition de la faune qui s’y rattache et inversement.

Le bois puant (Foetidia mauritiana) produit des fruits très durs qui germent difficilement. En les mangeant, la tortue de Bourbon (Cylindraspis borbonica), facilitait leur germination et leur dispersion. L’extinction de cette tortue géante, il y a plus d’un siècle, a ainsi accéléré le déclin de cet arbre caractéristique de la forêt semi-sèche réunionnaise.
C’est également le cas de Gecko vert de Bourbon (Phelsuma borbonica), encore présent à La Réunion mais qui a disparu du milieu semi-sec alors qu’il est un pollinisateur indispensable à la reproduction de plusieurs espèces emblématique de la forêt semi-sèche.

© Nature Océan Indien

© Nature Océan Indien
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>> consulter la liste des espèces végétales nectarifères abritant le Gecko vert de Bourbon et susceptibles d’être replantées

A terme, un des objectifs du projet est de permettre d’observer à nouveau de telles associations entre la faune et la flore.

Les espèces exotiques envahissantes

À La Réunion, 30% des habitats d’origine sont encore présents (Strasberg et al. 2005), contre moins de 5% à Maurice et 0% à Rodrigues (Lorence & Sussman 1986, 1988).
La majorité de ceux-ci est aujourd’hui protégée, notamment dans le cœur du Parc national de La Réunion.
La menace la plus dangereuse pour ces écosystèmes naturels est l’envahissement par les espèces exotiques. Depuis l’arrivée de l’Homme sur l’île de La Réunion, au cours du 17ème siècle, plusieurs milliers d’espèces y ont été introduites. Un millier d’entre elles se sont naturalisées (présentes à l’état sauvage), alors qu’il avait fallu plusieurs millions d’années à la nature pour en faire autant… L’Homme a ainsi multiplié par 10 000 le rythme d’installation de nouvelles plantes dans les écosystèmes réunionnais, ce qui met en péril leur équilibre fragile !
Parmi ces espèces, certaines sont couramment utilisées et ne posent aucun problème aux milieux naturels et aux espèces indigènes. Pour les plantes, c’est le cas par exemple du Letchi, du Flamboyant, des Bananiers… D’autres, au contraire, sont devenues envahissantes et menaçantes pour les écosystèmes réunionnais. Les espèces les plus problématiques pour le milieu semi-sec sont le Raisin marron (Rubus alceifolius), le Galabert (Lantana camara), le Baie rose (Schinus terebenthifolius), la Liane papillon (Hiptage benghalensis), le Choca vert (Furcraea foetida), le Zavocat marron (Litsea glutinosa), le Faux-poivrier blanc (Rhus longipes), le Zépinard (Acacia farnesiana), le Cassi (Leucaena leucocephala)…

Ces plantes exotiques entrent en compétition avec les espèces indigènes qui finissent par disparaître lorsqu’elles ne sont pas capables d’y faire face.

Parmi les pestes animales les plus problématiques, on peut citer le Rat (Ratus ratus) qui mange les graines et ronge l’écorce de certaines espèces végétales, le Bulbul orphée (Pycnonotus jocosus) qui dissémine les semences d’un large cortège d’espèces exotiques envahissante et l’Achatine (Lissachatina fulica), un gros escargot, qui se nourrit de certaines plantes indigènes entraînant leur mort. C’est le cas du Bois d’ortie (Obetia ficifolia).

Un secteur à forte valeur écologique

Le massif de la Montagne est un grand massif « naturel » d’un seul tenant formant un gradient altitudinal continu entre les milieux côtiers et ceux de plus haute altitude vers le cirque de Mafate. Il abrite les principales reliques de végétation semi-xérophile de l’île au niveau du site élargi de la Grande-Chaloupe (ravines comprises entre la Possession et le village de Saint-Bernard).

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Carte des zones d’études pressenties