Le concept et les principes

 

L'interprétation emprunte aux savoir-faire de la pédagogie, de la communication moderne et de l'animation. Les arts du spectacle - mise en scène, scénographie - n'y sont pas non plus étrangers. Son but n'est pas d'apporter une information détaillée mais de piquer la curiosité des visiteurs, faire en sorte qu'ils se posent des questions.

Elle met l'accent sur les relations entre les êtres et les choses, en particulier dans le cas des espaces naturels. Elle s'intéresse aux évolutions dans le temps et aux analogies dans l'espace.
Elle cherche à marier le plaisir de la découverte et la satisfaction de comprendre.

 

Un site est un témoin
Il a quelque chose à révéler à propos de l'histoire de la nature, ou de l'histoire tout court, et très souvent aussi sur l'histoire des relations entre l'homme et la nature.

Ce témoignage n'est que rarement perceptible par les visiteurs.

  • soit parce que l'usure du temps a gommé en grande partie les indices, aussi bien sur les affleurements géologiques que sur les paysages et sur les constructions anciennes. D'une façon ou d'une autre, le visiteur a besoin d'être aidé pour pouvoir se représenter les choses.
  • soit parce que l'histoire naturelle ou humaine sur laquelle le site porte témoignage nous est trop étrangère, savante ou complexe . Il faut pouvoir disposer d'un minimum de repères et de clés de compréhension.

 

Faire parler le site
Ce travail, qui consiste à révéler le sens d'un site, nous l'appelons l'interprétation.
A la différence des pratiques traditionnelles, qui ne prenaient souvent en compte que les seules préoccupations des spécialistes, il implique une grande attention portée au public - ou plutôt aux publics dans leur diversité -, à leurs motivations et à leurs représentations du site, à leurs attentes et à leurs niveaux divers de connaissance. La communication passe aussi par la séduction.
Le travail d'interprétation implique une recherche approfondie sur le site lui-même.
Il comporte ensuite une phase de création, celle du sens et de la forme de ce qui sera dit au public.
Presque dans le même temps intervient le choix du support matériel, ou plus exactement du média, par lequel les messages seront communiqués aux visiteurs avec un souci d/intégration au site.

 

L'interprétation fait appel à de nombreux médias

 

 

Il est indispensable de présenter brièvement ces médias afin de pouvoir situer la signalétique dans le domaine beaucoup plus vaste de l'interprétation et, éventuellement, de la « remettre à sa place ».

Comme tout média de communication, elle peut être pratique et utile dans certains cas mais se révéler inadaptée ou même préjudiciable dans d'autres. Les médias de l'interprétation peuvent se ranger en deux grandes familles, ceux impliquant un contact peronnel et ceux reposant sur des moyens uniquement matériels.
 

  • la visite guidée

C'est la plus connue et la plus traditionnelle. Dans le passé, elle était surtout pratiquée sur les sites historiques (ville d'art, grands monuments). Depuis quelques décennies, sa pratique a connu un important développement dans les contextes les plus divers (sites d'intérêt naturels, géologiques, archéologiques, ethnologiques, techniques et industriels).

Ce moyen traditionnel est l'un des meilleurs qui soit quand le guide aime son sujet et sait communiquer. Grâce au contact direct avec le public, le bon guide peut adapter chaque fois sa présentation pour répondre au mieux à l'intérêt et au niveau des visiteurs. Les visites guidées impliquent toutefois des contraintes d'horaires pour le public (ex : Lascaux Il). Pour l'organisateur, il faut avoir les ressources financières permettant de rémunérer les guides.
Le système des visites guidées convient plus particulièrement pour les sites les plus fréquentés.

 

  • l'animation sur site

Il existe d'autres techniques moins connues en France, mais couramment pratiquées en Amérique du Nord et au Royaume-Uni. Au lieu que le guide se déplace avec les visiteurs, plusieurs « guides » attendent le public à point fixe, chacun posté en un lieu présentant un intérêt particulierl et engagent la conversation avec les passants.

Grâce à une technique éprouvée, fréquemment « l'interprète » ne se contente pas de délivrer des informations oralement, il procède à de véritables démonstrations.
 

  • les médias audiovisuels

Le son
Les moyens audio sont utilisables comme substituts (la voix) à une visite guidée. L'usage s'en répand dans les monuments historiques et les musées, mais les procédés d'audioguidage sont plus difficilement utilisables en plein air. Les principaux appareillages utilisés sont les ({ baladeurs)} (avec cassettes ou disques compact) et les systèmes à infrarouge.

Les cassettes pour autoradio sont également un support intéressant pour les circuits pour automobilistes.

Le son et l'image
Leur utilisation suppose en règle générale l'abri dans un bâtiment. Les formes d'utilisation de l'image sont innombrables, depuis la simple rétroprojection de diapositives jusqu'au diaporama multiécrans et multiprojecteurs, depuis le clip vidéo jusqu'aux images magnifiées. L'informatique et l'image de synthèse, qui permettent l'interactivité, ouvrent aujourd'hui de nouveaux champs de possibilités à l' interprétation.

 

  • l'exposition ou le musée sur site

Abrité dans un bâtiment situé à proximité du site, à son entrée ou sur le site lui-même, appelé généralement « musée» ou « maison» suivi du nom du site.
De dimensions très variables depuis la modeste salle d'exposition jusqu'au musée « à grand spectacle ». Les techniques utilisables sont aussi très diversifiées: simple présentation d'objets, maquettes, reconstitutions tels que les dioramas, spectacles multimédias.
Aujourd'hui, les expositions et la muséographie sont souvent « multimédias », car elles intègrent le son et l'image. Exemple prestigieux, l'exposition Cité-Ciné au Parc de la Villette à Paris, qui combinait le son (casque HF), l'extrait de film et le décor en trois dimensions.

Ou encore les spectacles son et lumière des sites historiques (Karnak à Luxor, Le Parthénon à Athènes) s'appuyant sur une dramaturgie dans laquelle interviennent acteurs, ambiance sonore et musique.

Ou la présentation de scènes par faisceaux lumineux accompagnées de commentaires (musée des Arts et Traditions Populaires à Paris). Des expositions peuvent aussi être conçues pour le plein air.

 

  • les publications

Les publications font appel au mode d'expression graphique. On entend par là l'utilisation de texte combiné à l'image, photographies, dessins, cartographie, schémas.
Les publications pouvant être utilisées pour l'interprétation des sites recouvrent une grande diversité de formes: dépliants d'appel, plan du site remis à l'entrée, brochure destinée à une lecture approfondie, cahiers pédagogiques pour des enseignants accompagnant leurs classes, enfin dépliants ou brochures destinés à guider la visite.
Toutes ces publications ont eu comme précurseurs les guides touristiques pour automobilistes (Guide Bleu, Guide Vert).


Différents usages 

Aujourd'hui, ces publications sont destinées à différents usages :

• réunir les informations sur le site, ou sur un territoire plus vaste, souvent sous la forme d'un guide officiel. Le visiteur peut le lire pour se préparer à la visite, s'y référer pendant, et le consulter après.
• approfondir un thème particulier.
• servir de découverte pour un sentier ou pour un circuit. Dans ce cas, un itinéraire précis est présenté (pour piétons, automobilistes, cyclotouristes) en liant les commentaires à des points d'observation matérialisés sur le terrain par des balises.

  • Les panneaux in situ

Ils font appel aux mêmes éléments que les publications: texte avec images, mais en un seul exemplaire et le plus souvent à une échelle supérieure, pour lecture à distance. Leur spécificité est qu'ils sont installés de façon fixe sur le site et qu'ils s'apparentent ainsi aux panneaux de signalisation.

Avant d'être message, ils sont donc d'abord des signaux matériels faits de métal, bois, minéral, ciment, dont la cohabitation avec le site n'est pas toujours évidente. Pour désigner ce type de panneaux, nous avons choisi le terme de signalétique d'interprétation, objet de cet ouvrage.

 

Les médias de l'interprétation

 

Les médias de l'interprétation ne sont pas interchangeables, mais ils sont souvent complémentaires 

Tous les médias de l' interprétation ne permettent pas d'arriver au même résultat. Chacun présente des points forts et des faiblesses. Les visites guidées et les autres formes d'animation permettent un contact direct avec le public et sont les plus chaleureuses (sous réserve d'un personnel motivé et formé). Un film, en images réelles ou en dessin animé, permet de rendre facilement le mouvement, et donc la vie. Il convient bien aussi pour expliquer des phénomènes dynamiques ou évolutifs.

En restituant des bruits ou en faisant parler des personnes ayant eu une relation particulière avec un site (témoins ou acteurs d'un événement par exemple), l'audioguidage peut apporter authenticité ou intensité dramatique à une visite.

Une exposition, ou un musée de site, permet de présenter au public des objets, des maquettes ou des reconstitutions diverses en trois dimensions, c'est-à-dire dans les dimensions de la réalité qui sont les plus simples à percevoir et à comprendre. Mais une exposition est le plus souvent inerte. L'image animée et le son y ajoutent vie et chaleur. L'avantage des publications est qu'elles peuvent approfondir les informations sur un sujet et surtout rester une référence disponible à tout moment. « Les écrits restent. »

Selon les circonstances, un moyen peut se trouver particulièrement adapté ou être, au contraire, tout à fait inutilisable.
Cependant, dans de nombreux cas, c'est en recourant à l'utilisation judicieusement combinée de différents moyens que l'on peut rendre au mieux la signification d'un site et satisfaire des visiteurs ayant des attentes diversifiées.

Pour mettre en oeuvre des médias adaptés au contexte, et les util iser de manière complémentaire et avec un maximum d'efficacité, l'élaboration d'un plan d'interprétation* est nécessaire.
L'échelle intercommunale, ou même celle de petites régions, est souvent beaucoup plus pertinente pour l'établissement de ces plans que le niveau communal.

                                                                                                        
*cf "Méthodologie des plans d'interprétation", éditions de l'Atelier technique des espaces naturels.